1826. Tout a commencé selon les historiens du domaine par une nature morte dont, semble-t-il, l’exposition du matériel sensible(!) nécessitait deux journées. Et la roue du progrès photographique s’est d’abord mu très lentement au gré des expérimentations plutôt aléatoires. Mais c’est bien en 1888 que la vraie révolution a commencé avec la commercialisation du film sensible sur pellicule flexible par Georges Eastman et son Kodak. On peut vraiment parler de démocratisation de la pratique photographique pour toutes sortes d’utilisateurs expérimentés ou tout simplement amateurs.

La photographie a véritablement ouvert une fenêtre sur des univers jusque là accessibles seulement pour des voyageurs fortunés ou aventureux. C’était maintenant possible de se documenter de première main et avec plus d’authenticité sur des sujets les plus variés et sur des coins de planète inconnus ou encore très mal publicisés. Avec ces nouveaux horizons, l’humanité a pris conscience de sa grande diversité et a développé son érudition au delà souvent de ses préjugés plutôt étroits quel qu’ils soient.

La photographie n’est évidemment pas exempt de ces biais systématiques dans toutes les interprétations qu’en proposent ses auteurs. L’histoire de la photographie et les regards qu’elle présente sont aussi le reflet de l’évolution de la pensée, des idéaux et des objectifs de l’humanité dans leur grande complexité. Elle peut être propagandiste, bienveillante, scientifique ou simplement éclatée. Mais la photographie est devenue aussi une pratique populaire, publique et créative à plusieurs points de vue.

Pendant ces deux siècles de la photo contemporaine, plusieurs avancées techniques l’ont rendu plus aisément praticables, plus performantes et plus susceptibles d’être partagées entre personnes et plus généralement. Du fait de son empreinte matérielle du début jusqu’aux années 1990, l’apport documentaire de la photo est d’une grande richesse mais sa pérennité dépend toujours des efforts en qualité d’archivage qu’on lui consacre. Malheureusement ce support photographique réel et tangible est maintenant substitué par un encodage numérique dont la préservation se base sur des techniques qui évoluent si rapidement qu’elles deviennent désuètes et inaccessibles par obsolescence.

Il y a donc un grand paradoxe qui caractérise l’histoire de la photographie. Du coté technique la pratique de la photo n’a jamais été aussi précise et inclusive mais, d’autre part, le partage de sa production est maintenant si éclaté que la photographie a perdu peu à peu son impact historique pour emprunter la voie éphémère de l’illustration instantanée. De plus sa valeur documentaire, bien quelle a toujours été imparfaite et sujet à discussion, fait face au scepticisme systématique des publics surtout depuis l’avènement des logiciels d’intelligence artificielle qui permettent littéralement de recréer une image entièrement factice tout en étant apparemment si authentique. Rendu là, à qui faire confiance en effet.

200 ans de photographie, c’est tout de même un long parcours dont une certaine célébration universelle devrait l’honorer d’évènements phares qui lui consacrerait une certaine pérennité historique et artistique. Nous observerons si en cette année 2026 cela sera le cas du moins dans certains secteurs de notre société ou même chez certaines nations comme la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis qui ont été des contrées où plusieurs développements du médium sont apparus.

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Où en sera la photographie après un autre deux cents ans, difficile de se prononcer. Souhaitons-lui tout au moins de survivre suffisamment longtemps pour témoigner de cette présence humaine qui, on le souhaite également, saura elle aussi se prolonger.

1 Photo Daniel M / 2 Photo Nicephore Niepce / 3 Photo Rudolf Koppitz / 4 Photo Bill Anders (Apollo 8)