Balado-Photo: le voyage sans les bagages…

Le dilemme se présente avant chaque départ, peu importe la destination. Car si j’aime voyager, visiter des environnements inconnus, je veux l’accomplir avec le moins de contrainte possible d’horaire, de liste de lieux à visiter et surtout de bagages à emporter. Bref voyager ne doit pas être un fardeau mais une libération en quelque sorte. Se balader avec 10 kilos d’équipement photographe n’est pas ce que j’appellerai une visite légère mais plutôt une tâche à réaliser le plus consciencieusement possible. Durant mes années professionnelles, la photographie comme gagne-pain comportait son lot de mandats exigeant la maitrise des résultats attendus par la clientèle. Il en résultait des contraintes matérielles propres à chaque assignation photographique. À moins de vouloir “jouer” au photographe d’agence, de presse, d’institution ou pigiste, le balade-photographe en voyage n’a pas à assumer ce carcan productif ou même créatif imposé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En voyage je recherche d’abord le regard nouveau sur un environnement à priori inconnu ou non-expérimenté. Il y a donc une partie importante de spontanéité à développer. Bien sûr tout notre bagage mental de formation et d’expérience passées nous habite toujours et induit notre interprétation artistique et technique comme photographe du jour. C’est d’ailleurs la pièce d'”équipement” la plus importante à emporter avec soi. Car c’est d’abord et avant tout une vision personnelle des lieux, des choses et des personnes qui constituera l’essentiel de notre témoignage iconographique. Dans la sélectivité et le traitement de nos sujets se dégagera une interprétation originale des situations, des contextes et des expressions de ceux-ci.

Les petits et grands voyages sont toujours excitants pour la ou le photographe dans l’âme. Ce sont des occasions de rencontres, de confrontations, de dialogues entre le touriste occasionnel et l’autochtone  car nous sommes bien des visiteurs, inopportuns parfois, qui insèrent dans une réalité extérieure à notre environnement habituel. Comme observateur, nous pouvons voir, entendre, toucher, goûter tout ce qui nous apparait exotiques à nos yeux de profanes. Il y a l’avant et l’après voyage parce que dans une vrai expérience d’immersion nous en ressortons différents au propre comme au figuré. Ainsi les voyages forment l’humanité et l’humanité a toujours migré d’un lieu à l’autre à la recherche de sa signification spirituelle.

C’est pourquoi il faut d’abord regarder avant de photographier pour embrasser le panorama de la vie et éviter une vision-tunnel tronquée et trompeuse de la réalité. Ce n’est qu’après que l’acte de photographier, de voler une parcelle de momentané, devient possible. Comme l’ancien voyageur qui transposait son témoignage sur ses relations (cahiers), sur ses dessins ou dans ses valises remplies d’artéfacts. Car enfin ce que nous choisissons de photographier ce sont nos propres impressions de l’instant privilégié.

C’est donc un état d’esprit par extension un état d’âme qui motive nos intensions sélectives. Tout cela est bien plus important que toute la technicité dont on entoure la photographie dite de voyage.

Petites et grandes cameras
Modestement je peux relater certaines expériences de voyage en débutant par mon éternelle ambivalence du choix matériel de l’équipement photographique. J’ai visité Londres, Barcelona, Le Caire et l’Égypte avec de petits appareils compacts à objectifs fixes. J’ai fait d’autres destinations avec des ensembles d’appareils à objectifs interchangeables. À tout prendre je préfère un minimum d’encombrement et de poids que procure les appareils photos compacts mais je ne saurais me contenter d’un téléphone intelligent qui n’a pas de viseur spécifique à la photographie. Je comprends que pour certains types de sujets spécifiques, le choix se limite à des combinaisons appareils-objectifs plus particuliers.

Contraintes des situations touristiques
En voyage, vous ne recherchez pas nécessairement une complète mise en scène du sujet. Vous préférez enregistrer la réalité en “direct” et rendre l’aspect contextuel original de votre destination. Ce coté “spontané” de l’image ne découle pas nécessairement d’une prise de vue à la volée mais aussi d’une bonne analyse, quoique souvent rapide, de la situation et du contexte. Je n’ai jamais été très fortiche  sur le coté théâtral de faire de la photo-spectacle dans le style photo-reporter bardé d’appareils photo (bien que ce fut mon lot professionnel dans le passé). Je préfère de beaucoup la discrétion  en utilisant un appareil de petites dimensions beaucoup moins intimidant et plus ludique. Après tout nous sommes tous des touristes de l’image. Ne pas se prendre au sérieux n’empêche pas de faire les choses sérieusement. De plus le contact interpersonnel est facilité grandement quand on élimine le look inquisiteur de ces équipements proéminents.

Il est très rare qu’on ne puisse pas vraiment photographer un sujet mais il faut parfois user de stratégies et de façons de faire non-ostentatoires comme laisser l’appareil loin de nos yeux en bandoulière ou à la ceinture et viser approximativement, une pratique à développer pour les endroits plus sécurisés. Le déclenchement doit être quasi-silencieux ou se mêler au bruit d’ambiance. Pré-cadrer d’abord et attendre le moment propice peut aussi constituer une technique intéressante anciennement prisée avec les viseurs à télémètres qui débordait du cadre effectif de prise de vue. On peut aussi demander la permission de faire une photo souvenir avec un air candide surtout si vous êtes accompagné(e)
ce qui est une belle opportunité de portrait. Enfin il reste de beaucoup préférable de vous conformer à un refus de photographer qu’à chercher à contourner l’interdit qui comporte parfois des conséquences moins agréables comme la saisie de matériel jusqu’à l’arrestation.

les choix techniques
Le choix d’un équipement photographique reste éminemment personnel. Un conseil d’autrui pourrait ne pas correspondre à vos besoins et votre confort d’utilisation. Je ne vous connais pas donc comment pourrais-je savoir. Ce qui convient à l’un(e) peut être un ennui pour l’autre. Je ne peux parler que de mon expérience personnelle étalée sur quelques décennies donc sujettes à l’obsolescence des produits utilisés. Comme tourisme de la nature, j’ai eu tendance à privilégier un équipement lourd à une époque où les appareils compacts 35mm argentiques ne disposaient pas d’objectifs zoom efficaces en longue focale. Cependant en milieu urbain ou en situation de faible luminosité, j’ai toujours préféré les appareils de petites dimensions dotés d’objectifs de focales grand angulaires ou semi-grands-angulaires dotés d’une ouverture maximale plus flexible.

Aujourd’hui je n’hésites pas à utiliser en balade ou  en voyage que des appareils compacts couplés avec des objectifs de courtes focales fixes ou variables. Je préfère l’option d’interchangeabilité des objectifs pour me permettre d’utiliser à l’occasion un optique téléphoto de base pour le portrait ou la photo de proximité au cadrage plus serré. Les formats de capteur numérique APS-C et MFT sont nettement suffisants en qualité d’image pour répondre à mes besoins en diffusion Internet ou en impression manuscrite de dimensions moyennes (A4, A3). Les précautions élémentaires entourent toujours la préparation d’une séance de prise de vues par l’addition des piles-accus, de cartes mémoires et de tout accessoire jugé utile. De même un petit appareil photo supplémentaire peut être utile en cas de perte ou de bris de votre camera. Votre téléphone cellulaire peut aussi remplir cette fonction.

Une de perdue et dix à retrouver (Cliquer…posez les questions après!)
Bien sûr planifier vos déplacements est toujours préférable à une pure improvisation quoique que cette dernière peut être un modus operandi efficace pour certain(e)s. Même si on croit généralement que les opportunités de prise de vues sont multiples et considérables en voyage ou en balade, la réalité peut être tout autre car plusieurs facteurs doivent contribuer à parfaire une image plus exceptionnelle.

L’éclairage est un élément fondamental en photo. Il peut découper le sujet mais aussi le rende à plat (sans volume) tout dépendant de son orientation et de son intensité. Il y a donc lieu de soigner son exposition ce qui est grandement facilité par l’utilisation des viseurs et écrans électroniques qui renvoient une bonne approximation du résultat final. La correction d’exposition est un bon outil de travail qui évite les ajustements manuels (ou les choix) des paramètres comme l’ouverture de l’objectif et le temps de pose de l’obturation.

Ouverture/Vitesse d’obturation
Le contrôle de la zone de netteté du sujet principal est un autre outil intéressant quant il s’agit de privilégier celui-ci de son contexte de prise de vue. Souvent illustré en portrait, cette technique de détermination de la profondeur de champs, i.e. de l’espace dans lequel les sujets seront nets, peut être employée pour toute une variété de sujets. Dans la plupart des appareils photo actuels le mode “A” correspond à la priorité consacrée au choix de l’ouverture, le reste des paramètres demeurant en fonctions automatisées de l’appareil.

De même, le temps de pose, vitesse d’obturation, peut être un facteur déterminant du gel ou non de l’action ou du mouvement du sujet et de son environnement. Si votre sujet est en action vous pouvez suggérer sa mobilité par un flou généré par son arrière ou avant-plan (technique dit de panning) ou encore par une partie de ce sujet. Dans ce contexte l’image exprime le dynamisme de la situation choisie par la ou le photographe. On peut expérimenter pour éventuellement maitriser cette technique via le mode “S” pour “shutter speed” de l’appareils, le reste des paramètres demeurant en fonctions automatisées de l’appareil.

L’affichage de l’ajustement des paramètres de l’appareil photo est un tableau de bord important qui confirme ou non la pertinence des choix techniques du moment. En plus de l’ouverture et de la vitesse d’obturation, il y a également le réglage de la sensibilité et les aides à l’exposition comme l’affichage d’un graphe de distribution de la lumière moyenne ou par séparation des couleurs primaires ou encore des zones de très hautes lumières qui définissent souvent les limites en définition et et d’enregistrement des détails du sujet sur le capteur. Même si la captation numérique surpasse de beaucoup l’ancienne capacité argentique, le film traditionnel, il y a encore des limites contraignantes qui n’égalent pas la performance et l’adaptabilité de l’oeil humain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous ces facteurs ou paramètres ne doivent pas nous éloigner de l’importance du choix du sujet, de son positionnement propre (composition) et contextuel (cadrage), de son environnement (situation) et de son expression (moment).

À plus d’un point de vue technique une photo ne sera jamais parfaite pour certains mais l’expression de son message transcendera facilement les aléas présumés de son contenant. Il y a donc une priorité à déclencher, prendre des photos, avant de se laisser submerger et démotiver par la maitrise présumée  des choix paramétriques. La plupart des appareils photo accomplissent une analyse exemplaire des situations d’expositions et tentent d’en tirer le meilleur parti. Il y a également plusieurs programmes d’exposition qu’on peut sélectionner sur l’appareil et qui sont spécialement adaptés à des situations typiques. Tous ces outils peuvent vous libérer de contraintes de prises de vues et contribuer à faciliter votre créativité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le plaisir de la balade-photo et de la photographe de voyage est sa grande diversité de situations et la découverte toujours renouvelée de sujets. C’est pourquoi le confort et la facilité de photographier doit être privilégiés car cela affecte directement la motivation et la créativité de son auteur(e). Bien sûr en expédition photographique, vous serez peut-être plus en mesure de justifier des choix d’équipement plus encombrant mais légèreté et complicité du matériel sont souvent des facteurs gagnants et garants du maintien de l’intérêt du photographe.

De retour de balade ou de voyage, le visionnement d’images satisfaisantes demeure toujours la récompense recherchée du photographe qui prolonge ainsi son plaisir de s’exprimer à travers celles-ci.

Bonne balade et bon voyage!

 

 

Advertisements