Straight Photography versus patchwork numérique?




C’est bien là un éternel débat entre les tenants du réalisme inaltéré (pure photographie ou straight photography) et les partisans de l’infinie virtualité créative. Car la photographie a cette particularité depuis son avénement d’être associée sentencieusement comme le témoignage en prise directe d’une objective réalité, ce qu’elle n’est pas puisqu’elle demeure réductrice de l’interprétation qu’elle en fait.

Aujourd’hui la manipulation numérique de l’image est cependant tellement sophistiquée qu’elle devient même pour le regard le plus critique de plus en plus difficile à déceler au point qu’il faut en confier l’analyse de pseudo véracité à des outils informatiques très avancés et dont le résultat reste toujours contestable puisque pas totalement infaillible.

Bien sûr comme adepte de la straight photography, je suis légitimement frustré par l’ampleur et la popularité de l’imagerie “transformée” au détriment de la recherche de l’authenticité, du moins de celle que je prétend être… Car la straight photographycomporte aussi sa grande part de surréalisme mais si elle est en prise directe dans l’usage du médium. C’est cependant son regard immédiat en prise de vue que je choisis au delà du réarrangement pictographique ultérieur du résultat.

Car la straight photographyest jusqu’à un certain point le garant de sa “vérité” iconographique. Elle renvoie à la fenêtre non-altérée de l’observateur. Bien sûr les choix de la fenêtre et de son moment d’observation restent personnels et subjectifs mais si vous endossez les même choix de l’auteur, votre regard se portera sur ce même sujet tout en vous laissant la possibilité d’une interprétation différente.

La manipulation numérique importante de l’image fait souvent basculer profondément le contexte initial de et des image(s). Elle crée un environnement autre qui la dissocie la plupart du temps de la réalité initiale du sujet photographié. Elle est l’expression d’une vision tout à fait onirique de son auteur sans égard ou peu de cette réalité initiale.

Alors straight photography ou patchwork numérique? Les deux modes d’expression artistique continueront de coexister et de se confronter encore longtemps au gré des débats de tous et chacun. Ni voyons ici que l’importance du respect de chacune de ces démarches tout en les reconnaissant comme tel.

(Toutes les photos présentées dans cet article ont été prises à Lisbonne en septembre 2019 avec les appareils photo Fujifilm X-T20 et X-E3)